Fable – Symbole en mouvement

 Tout le travail de La Fontaine est de tracer un chemin non explicite tout au long de ses ouvrages pour, en 22 textes, instaurer un rite suffisamment élaboré pour dissimuler des Vérités seulement comprises par des initiés. Tout le génie des premiers magisters fût d’éclairer notre route à partir d’un minerai depuis longtemps caché dans nos cœurs. Tous ont déroulé un chemin qui conduit le profane d’un acte de naissance entre les colonnes à une mort annoncée, tout comme les 22 arcanes du tarot ou bien les 22 lettres de l’alphabet hébreu ou bien les runes nordiques (Odin) qui renvoie en écho notre doute existentiel. Parce que, voyez-vous ! Tous les ésotérismes finissent par la Mort. Il ne s’agit pas, et vous l’aurez deviné, d’une fin de vie mais de la fin d’un cycle.
Cette Mort appelle toujours une renaissance pour poursuivre l’enseignement depuis un autre plan en suivant un escalier tournant. Et on monte ! Et plus on monte, plus on prend de l’amplitude et plus on s’éloigne de la source. La fable, c’est du symbole en mouvement. Elle raconte une histoire. Et, bien que l’on sache que cette histoire est fausse, la magie opère toujours. Il ne faut donc pas s’étonner de découvrir que les animaux présents ou les situations évoquées remplissent des fonctions sacerdotales, sorte d’accumulations d’éléments sensoriels où chacun peut venir cueillir sa juste foi. Et, de vers en vers, de ligne en ligne, de conte en conte, de symbole en symbole, c’est tout un Monde, bestial ou végétal, qui s’aligne et propose une Révélation. Les fables se répondent en écho articulées par une mécanique, à portée scolaire, philosophique, ésotérique et, parfois même, anagogique. Quatre niveaux d’interprétation qui correspondent au parcours des Hommes dans leur quête. C’est pourquoi, il faut suivre le chemin proposé par le fabuliste car il a du sens. Cueillir un apologue de La Fontaine, au hasard, revient à vouloir cheminer dans Ies enseignements sans souci de la progression.

Le symbole :

Il correspond à une image, un objet ou un geste qui traduit une idée. Il est né avec le besoin d’exprimer une intention en dépassant la barrière des mots qui limite bien souvent les usages. Bien avant d’être en mesure de nommer, l’Homme a représenté sous forme de dessins ce qu’il voulait exprimer.

Prenons comme exemple les écritures primitives. Nombreuses transcriptions utilisaient des représentations rupestres comme les ornements dans des Temples naturels (cavernes, grottes, murs, …), plus tard, sous forme d’écriture, des graphies ont transposé le réel animal, végétal ou minéral comme les hiéroglyphes, le sanskrit, le sumérien, l’araméen ou encore l’hébreu primitif… Ce sont là des images substituées. On peut considérer que les symboles sont les ingrédients de base de notre cuisine langagière. Ils se sont établis depuis une source mère pour, aujourd’hui, alimenter cette planche qui pourrait fort bien être dessinée plutôt que parlée (mais là, vu mes talents de dessinateur, vous seriez certainement déçus !).

Les symboles ont pour but d’ouvrir des champs imaginaux en transformant un élément connu que le monde profane va pouvoir interpréter selon une assimilation personnelle en correspondance avec son niveau d’évolution et d’initiation. On peut dire que le symbole donne à penser. Il fait appel à l’intuition et ouvre un passage entre la matière et l’esprit.

La fable :

Quant à elle, serait née en Inde. Ce genre littéraire chemina depuis l’Indus jusqu’aux rives de la Méditerranée en suivant les routes du Croissant fertile. Par elle, circula la sève de notre civilisation. Elle est de même nature que :

* la légende qui s’appuie sur des faits historiques,

* le conte qui s’appuie sur des traditions orales,

* le mythe qui glorifie les aspects du genre humain en lien avec une Histoire aménagée,

* l’allégorie qui est une déformation de la réalité pour exprimer des abstractions difficiles à représenter.

La fable en tant que suite de symboles, fait entrer en résonance des éléments

disparates en vue d’établir une diffusion ordonnée vers une unité à composer, un peu comme une musique qui est composée de notes créant une harmonie. On peut oser une approche qui serait de reconnaître que, par sa morale induite, la fable fait passer la force du symbole en une force du verbe.

La différenciation tient dans le fait que le symbole n’a pas de passé, qu’il ne raconte rien, qu’il s’agit tel un astre mort. C’est pourquoi dans la franc-maçonnerie ou l’alchimie, on a pris le soin d’accoupler les appareillages pour créer des résonances comme par exemple, un compas et une équerre, les colonnes ou encore, la Lune et le Soleil. C’est l’articulation qui, par frottement et accouplement, générera une ossature.